L'architecture des habitations ouvrières à bon marché – Fin du 19e siècle

Cité La Ruche

2 Fi 3/166. La Ruche. Carte postale noir et blanc (s.d.)

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Le paysage urbain de Saint-Denis est marqué par les formes architecturales de l’habitation ouvrière de l’époque de la révolution industrielle. Il peut s’agir de pavillons ou d’immeubles locatifs. La plupart ont été construits entre 1880 et 1930.

Ils se repèrent facilement grâce notamment à leurs matériaux de construction : la brique rouge ou grise, la pierre meulière, décorée de briques émaillées colorées, de cabochons décoratifs et de frises de céramique. Les façades de cette époque sont polychromes, attrayantes, inventives en toute simplicité.

Une petite partie de ces constructions relève des tout débuts du logement social. On parlait alors d’Habitations économiques ou encore d’Habitations à Bon MarchéLa Ruche, à Saint-Denis, dans le quartier de La Plaine, est la première d’entre elles. C’est une petite cité ouvrière unique décrite et commentée dans de nombreuses publications de la fin du 19e siècle.

Un gros manuel de l’architecte et de l’entrepreneur publié en 1896 présente ainsi les matériaux et les choix d’équipement de La Ruche : « Murs de 0,43 m en béton de mâchefer mélangé avec 1/5 de chaux de Beffes (pilonné entre boisages). Ce béton de mâchefer est laissé apparent à l'intérieur, où il présente une teinte gris-bleu que réveillent des cordons de brique rouge et quelques incrustations en terre cuite émaillée ; mélangé au plâtre, ce mâchefer a fourni les carreaux formant cloisons intérieures (sauf celles d'escalier, en brique creuse) et hourdis des planchers en fer. 
Cours intérieures cimentées et munies d'un poste d'eau. Cuisines carrelées. Pièces parquetées en pitchpin. Portes et escaliers en chêne, cheminées en marbre avec foyers carrelés. Poêles des salles à manger, et fourneaux des cuisines comportant bouche de chaleur chauffant le 1er étage. 
Water-closets, à effet d'eau et tout à l'égout ; au-dessous de la trémie les éclairant, grande armoire. Un compteur assure à chaque ménage 125 litres par jour. Jardins entourés de grilles en fer demi-creux. Dans les rues, bordures et caniveaux en béton comprimé Coignet. »

L’architecte de La Ruche est Georges Guyon. Le commanditaire des travaux de construction est la Société anonyme des Habitations économiques de Saint-Denis, une société par action non spéculative. Cette société « sociale » est principalement dirigée par des industriels locaux, patrons de l’industrie chimique notamment. Mais il ne s’agit pas de logements patronaux réservés aux ouvriers de leurs propres usines. Les logements construits s’adressent à toutes les familles. Ces hommes mènent une action privée pour une mission d’intérêt général.

Emile Pierret, auteur d’un ouvrage consacré aux habitations à bon marché intitulé Vers la lumière et la beauté : essai d'esthétique sociale décrit ainsi La Ruche : « Le petit groupe de maisons individuelles de « La Ruche », lorsque l'on passe dans les allées qui les séparent, donne une impression particulièrement réconfortante de bien-être, de tranquillité, de paix, de paix familiale et de paix sociale. Dans cette région ouvrière et ingrate de la Plaine-Saint-Denis, où les hautes cheminées fument, où les trains sifflent, où les marteaux retentissent sur le fer, où les lourds camions rebondissent avec fracas sur le pavé inégal de la grand'route poudreuse, La Ruche apparaît comme un lieu de repos réparateur et bienfaisant. La route de la Révolte peut bien y aboutir, mais ce n'est pas là que se formeront des bataillons nouveaux pour la suivre. »

Pour les patrons philanthropes et novateurs à l’origine de la construction de La Ruche, l’architecture ouvrière de qualité et de prix modéré doit aussi servir la paix sociale, c'est-à-dire détourner les ouvriers des luttes politiques en leur permettant, à côté du travail, un bien-être humain et familial.

Nous présentons ici des cartes postales du début du 20e siècle qui permettent de se représenter la cité à ses débuts. Nous présentons également un article paru en mars 1894 dans la revue L’Architecture. Georges Guyon y détaille lui-même son projet architectural. Les plans détaillés de La Ruche y sont publiés.

Pour voir tous ces documents, cliquez sur l’image en haut de page.

Focus publié le 1er mars 2013.