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Jardins ouvriers et cabanes de jardins

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Jardins ouvriers et cabanes de jardins

Le monde privé des ouvriers

Il y a, à Saint-Denis, encore 103 jardins au Fort de l’Est, 34 jardins à la Fosse Sablonnière, 24 au Cornillon et 37 parcelles rue Emile Zola. Car toutes les villes ouvrières ont eu leurs jardins ouvriers et en ont gardé. Saint-Denis comme Le Creusot.

Christian Bobin, écrivain, témoigne de leur place dans la ville et dans le quotidien :

« ... Rue de la Fontaine, cachée des passants, une large bande de terre herbeuse, éclairée par de rêveurs arbres fruitiers, tend ses merveilles aux nuages qui glissent dans le ciel au-dessus. Il faudrait que mille femmes de ménage frottent pendant mille ans les parquets du château de Versailles pour qu'il accueille autant de lumière que ce jardin, cachant le paradis derrière sa palissade de pauvreté.
Mon père a pendant des années loué à l'usine un lopin de terre à cultiver, situé en contrebas d'une route. Il venait y goûter à la bienheureuse vie du silence, bêchant, sarclant, s'arrêtant pour fumer une cigarette et regarder les pivoines répondre aux brusqueries du vent par des fous rires de jeunes filles. Le temps entrait pieds nus dans le jardin en pente, laissant sur le seuil ses souliers d'inquiétude. Au centre un pêcher rhumatisant donnait des pêches de vigne. J'admirais le vieux velours violet de leur peau, et leur noyau dense dont les profonds sillons ressemblaient aux plis du cerveau d'une fée pétrifiée. Il y avait aussi une cabane de planches dont le bois à gros nœuds, lapidé par les pluies et assommé par le soleil, m'émouvait comme la vision d'un martyr.
Au Creusot, l'ange de la vie dort dans les remises à outils au fond des jardins ouvriers ».

Christian Bobin, Prisonnier au berceau, Mercure de France, 2005.