Le bidonville du Franc Moisin en film – 1969

Portugal 2 est un court métrage documentaire de Pierre Gerson et Alain Corbineau. Il a été réalisé en 1969 par le service d'information cinématographique de l'UNEF, syndicat étudiant, et coproduit par la Ville de Saint-Denis. Le film a pour sujet la vie au bidonville du Franc Moisin.

Au moment où le film est tourné, le bidonville avoisine les 3500 habitants. Les Portugais y sont majoritaires. Mais des Espagnols, des Algériens, des Tunisiens, des Marocains y vivent aussi. Les hommes sont OS ou manœuvres. Beaucoup vivent en famille. La baraque de bidonville représente alors pour ces travailleurs étrangers le seul mode d’habitat possible. Et le bidonville, immense, isole dans Saint-Denis les ouvriers migrants, leur femme et leurs enfants. Le bidonville devient un lieu d’exclusion et de marginalité. Les relations avec les autres habitants du quartier sont tendues. Le racisme est souvent là.

Portugal 2 est un vrai film de cinéma, très construit et tout à fait original dans l’approche en images de son sujet. Contrairement au film d’Eli Lotar de 1946, Aubervilliers, ou au film de Roberto Bozzi de 1970, tourné lui aussi sur le bidonville du Franc Moisin, Portugal 2 n’instrumentalise pas la situation des habitants du bidonville pour étayer un point de vue politique. Portugal 2 ne parle pas à la place des gens. Il n’y a aucun surplomb de la part du réalisateur. Le film vise plutôt à affirmer une solidarité pour atténuer l’exclusion et le rejet raciste.

Le premier plan du film est un immeuble de logement social, une barre, dont la façade est filmée dans un long travelling. Le dernier plan est aussi un immeuble de logement social, qui, cette fois-ci, se détache sur l’horizon du bidonville. Les étrangers travaillent. Ils ont construits ces immeubles.

Le film se centre sur la vie des femmes du bidonville accompagnée du commentaire d’un jeune Portugais, en voix off. Les femmes sont filmées en gros plan dans leurs gestes de tous les jours : couture, repassage avec le fer chauffé sur la plaque de la gazinière, corvée de l’eau au robinet collectif, lessive à la main, étendage du linge, préparation du repas, vaisselle, disposition d’un bouquet dans un vase. On voit des intérieurs bien tenus. Les hommes, eux, rentrent du travail et le dimanche construisent de nouvelles baraques pour les derniers arrivés, ou encore jouent au foot avec leur fils.

Portugal 2 invite avant tout à changer de regard sur « l’étranger » dans la ville.

Focus publié le 23 mars 2012.