La photographie de reportage pendant la Guerre d’Algérie – 1954-1962

3 Fi 5/18. Le pont de la Briche. 1960

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La photographie en période de guerre, à Saint-Denis comme ailleurs, ne montre pas tout. Elle illustre principalement les évènements prévus à l’avance et qui vont faire l’objet d’un article dans la presse, principalement dans Saint-Denis Républicain.

On voit, sur les photos, la mobilisation locale pour la paix et pour l’autodétermination. Il peut s’agir de manifestations dans les cités de logement social, de rassemblement à la porte des usines, de signatures de pétition, de réunions. La ville entière semble être mobilisée.

On y voit les obsèques des jeunes de Saint-Denis morts là-bas. 31 jeunes sont morts en Afrique du Nord entre 1954 et 1962. Les cortèges funéraires partent toujours de l’habitation du jeune soldat pour rejoindre, à pied, le cimetière.

Pendant la guerre, la durée du service militaire augmente régulièrement pour finir par atteindre 36 mois. Les jeunes communistes se mobilisent et manifestent. Ils appellent à refuser de partir. La photographie couvre leurs engagements.

On y voit aussi « la bataille des murs » : les slogans peints à la peinture blanche, notamment sur le tablier des ponts. Bernard Ruhaud raconte : « Il faut être au moins six ou sept, quatre sur le pont et les autres en bas pour le guet. En haut, le barbouilleur se laisse glisser dans le vide, tête en bas. Chacun de ses pieds est fermement retenu par un copain. Le quatrième lui passe le pinceau. Il peint à l’envers ».

On ne voit pas, bien sûr, d’images du militantisme algérien pour l’indépendance. Un prêtre, le père Arnold, qui loge par choix à partir de 1953 dans un hôtel meublé de travailleurs algériens au bord du canal, en témoigne : « Ceux qui militaient au FLN, je les ai découverts après le 17 octobre 1961, quand ils ont disparu pendant des semaines et qu’ils sont revenus tout amochés. Avant, c’étaient dans les esprits, mais on n’en parlait jamais ». Il faut se taire pour lutter ou tout simplement pour tenir le coup.

Le père Arnold raconte encore : « Les descentes musclées de police n’épargnaient personne, matelas et objets divers jetés par la fenêtre, mitraillette sur le ventre. Un jour, des copains du PCF m’ont demandé de cacher des Algériens en danger, j’ai accepté ».

La photographie est une source d’information essentielle. Mais elle doit toujours appeler en renfort les sources écrites et le témoignage oral. C’est particulièrement vrai en temps de guerre.

 

Ce focus est publié dans le cadre de l’anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie. Voir aussi :

Focus publié le 04/07/2012