La Libération de Saint-Denis : le récit d'Henry Bulliard, commandant des FFI

Voir toutes les images (2)

Combats du Barrage de Saint-Denis, 26 août 1944

« Le 25 août 1944, par mesure de sécurité, quelques points d’appui sont tenus dans Saint-Denis : villa Danré, Fort de l’Est, Caserne, Mairie. Le gros des FFI couche à la SEP, carrefour Pleyel.

Le 26 août à 5 heures du matin, toutes les positions sont renforcées. A 7 heures le Barrage est fortement occupé. En face de nous, à Pierrefitte, les Allemands tiennent le pont de Creil, soutenus par 2 canons de 88. Leur but apparent est de faire sauter ce pont. Le nôtre est de les en empêcher. Mon PC est villa Danré.

Les FFI de Saint-Denis sont environ 150, dans cet endroit, avec 6 mitrailleuses Rebel, 1 char Hotchkiss, et des armements légers.

A 8 heures une patrouille de la 2e DB, commandée par un adjudant, vient prendre le contact avec nous. Elle est composée de quelques voitures et une auto mitrailleuse. Un groupe motorisé du 18e arrondissement, sous les ordres du capitaine FFI Morin, vient en renfort, ainsi qu’un groupe de Saint-Ouen et Clichy.

De 9 heures à midi nous repoussons 3 attaques venant de Pierrefitte. A midi la patrouille de la 2e DB reçoit l’ordre de rentrer à la gare du Nord à Paris. La bataille continuant de plus en plus, les obus incendiant toutes les maisons autour du Barrage et éclatant même dans toute la rue de Paris jusqu’à la place aux Gueldres, je laisse le commandement au capitaine Aube, et je vais vers 15 heures à la gare du Nord demander des renforts.

Après bien des explications, le colonel Roumiantzoff (de la 2e DB) me charge, avec un adjudant motocycliste, d’aller porter l’ordre à une compagnie de fusiliers marins, qui a percé jusqu’à Montmorency, de se mettre à ma disposition pour tenir le Barrage de Saint-Denis.

A 18 heures, cette compagnie avec ses 6 ou 8 chars et des obusiers prend position.

Pendant mon absence, les Allemands sont revenus vers 17 heures avec plusieurs chars Tigre, balayant notre position, tuant un équipage de char et une dizaine de FFI. Un autre équipage cache notre char rue Petit. Les FFI se replient à la Caserne, à la Mairie, au Fort de l’Est, à la Porte de Paris. Mais les Allemands ont peur de la bataille de rue et n’osent pas entrer dans Saint-Denis. Ils retournent sur leur position, à Gonesse probablement.

A 19 heures l’Etat-Major de la 2e DB veut faire replier ses troupes Porte de Paris. Je m’y oppose formellement et demande le maintien sur les positions tenues. J’ai finalement gain de cause.

A 21 heures, dernière contre-attaque allemande sur le Barrage repoussée immédiatement par les moyens puissants de la 2e DB.

A 22 heures, explosion au pont de Creil, mais notre tir n’a pas permis aux Allemands de préparer cette opération convenablement et le pont n’est détruit qu’à 30%.

Le 27 août au matin, la 2e DB prenant le Barrage comme base de départ, forme 2 colonnes, une sur Pierrefitte puis Chantilly, l’autre sur Gonesse et le nord de l’aérodrome du Bourget. Les FFI de Saint-Denis mettent à la disposition des engins blindés 2 groupes d’infanterie d’accompagnement.

Saint-Denis est définitivement libérée. »

 

Le Commandant FFI BULLIARD Henry